{"id":159,"date":"2024-08-10T15:36:50","date_gmt":"2024-08-10T15:36:50","guid":{"rendered":"https:\/\/exclure.fr\/?p=159"},"modified":"2024-08-10T15:52:11","modified_gmt":"2024-08-10T15:52:11","slug":"159-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/exclure.fr\/?p=159","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0TU ME FAIS VIOLENCE ! \u00ab\u00a0"},"content":{"rendered":"\n<p><a href=\"http:\/\/trounoir.org\/\"><strong><em>TROUNOIR.ORG<\/em><\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>NUMERO DIX-SEPT &#8211; 28 SEPTEMBRE 2021<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em> JACK HALBERSTAM<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-medium-font-size\"><em><strong>La rh\u00e9torique n\u00e9olib\u00e9rale de la blessure, du danger et du traumatisme<\/strong><\/em><\/h2>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"371\" height=\"428\" src=\"https:\/\/exclure.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/trounoir2-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-169\" srcset=\"https:\/\/exclure.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/trounoir2-1.jpg 371w, https:\/\/exclure.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/trounoir2-1-260x300.jpg 260w, https:\/\/exclure.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/trounoir2-1-320x369.jpg 320w\" sizes=\"auto, (max-width: 371px) 100vw, 371px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>\/<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jack Halberstam est un universitaire am\u00e9ricain central dans le champ des <em>queer studies<\/em>. Avec Lee Edelman et Leo Bersani, Jack Halberstam assume et affirme la n\u00e9gativit\u00e9 inh\u00e9rente au queer. Sa mani\u00e8re de se r\u00e9approprier la notion d&rsquo;\u00e9chec (l&rsquo;\u00e9chec de ce que doit \u00eatre un vrai homme, une vraie femme, une bonne situation\u2026) est une voie politique qu&rsquo;il construit avec les minorit\u00e9s et les d\u00e9viants pour s&rsquo;opposer au n\u00e9o-lib\u00e9ralisme et au r\u00e9gime politique h\u00e9t\u00e9rosexuel.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>On retrouve chez lui l&rsquo;id\u00e9e que lutter consiste \u00e0 ouvrir des espaces, et non \u00e0 les refermer. Analysant notre \u00e9poque, son militantisme queer et les pratiques de \u00ab <em>&nbsp;safe space<\/em> \u00bb, il d\u00e9montre avec des exemples issus de la culture populaire, de l&rsquo;Art et du langage les impasses des politiques identitaires.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sam Bourcier, dans une vid\u00e9o de <\/strong><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=4vK4QJgPZIY\"><strong>Regards.fr<\/strong><\/a><strong> aborde cette probl\u00e9matique. \u00ab On est au bout de la politique des identit\u00e9s en mati\u00e8re d&rsquo;affirmation puisque finalement ce n&rsquo;est que le droit qui d\u00e9finit ce que c&rsquo;est que les gais et les lesbiennes : plainte contre les discriminations, demande de protection aupr\u00e8s des services de l&rsquo;\u00c9tat et de la police. C&rsquo;est une impasse dans la mani\u00e8re de traiter des politiques de la violence : les nouvelles subjectivit\u00e9s notamment num\u00e9riques [<em>se constituent en partie par la mise en accusation de discours et de pratiques\u2026 phobes<\/em>].<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pour qu&rsquo;un collectif ne se transforme pas en milieu, pour que lutter ou s&rsquo;organiser ne glisse pas vers un mode de vie ou une croyance, une critique des formes d&rsquo;organisations politiques doit accompagner toute analyse. Et comme on peut le lire dans l&rsquo;extrait de l&rsquo;id\u00e9al historique dans ce m\u00eame num\u00e9ro, les pi\u00e8ges et m\u00e9canismes du militantisme se r\u00e9p\u00e8tent inexorablement de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. C&rsquo;est ici que l&rsquo;on mesure la valeur d&rsquo;un tel texte qui nous pousse en avant plut\u00f4t que de se complaire dans les rets de normes, aussi marginales soient-elles.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Nous remercions Cl\u00e9mence Garrot &amp; Suzanne Renard, traductrices du texte, et Jack Halberstam pour leur autorisation de publication.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La rh\u00e9torique de la blessure et du traumatisme pour parler de toute violence dans les milieux <em>queer<\/em> produit non seulement un devenir victimaire g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 mais une atomisation des communaut\u00e9s et des luttes. L&rsquo;appel \u00e0 la constitution d&rsquo;espaces prot\u00e9g\u00e9s et rassurants fonctionne de concert avec une gentrification qui masque toutes les probl\u00e9matiques de classe et de race locales et globales. On peut en rire ou chercher \u00e0 comprendre comment la vigilance linguistique, d&rsquo;un enjeu l\u00e9gitime et essentiel, finit par se retourner en police des consciences. Un appel \u00e0 reconsid\u00e9rer la situation intellectuelle et politique de la violence faite aux corps des autres [1].<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;autre jour, en revoyant <em>La Vie de Brian<\/em>, cette parodie d\u00e9capante de la vie de J\u00e9sus r\u00e9alis\u00e9e par les Monty Python en 1979, je me suis aper\u00e7u que la plupart des sketchs du film seraient per\u00e7us comme blessants aujourd&rsquo;hui. Je crois m\u00eame, vu la satire religieuse qu&rsquo;il propose et certaines de ses sc\u00e8nes, comme celle de J\u00e9sus et des voleurs chantant en ch\u0153ur sur leur croix, qu&rsquo;il ne sortirait plus en salles. <em>La Vie de Brian<\/em> a bien s\u00fbr suscit\u00e9 des d\u00e9bats \u00e0 sa sortie, et dans diff\u00e9rents pays les censeurs tent\u00e8rent de restreindre sa diffusion, mais les Monty Python utilis\u00e8rent leur savoureux sens de l&rsquo;humour pour retourner cela \u00e0 leur avantage : l&rsquo;interdiction du film en Norv\u00e8ge leur donna l&rsquo;id\u00e9e du slogan \u00ab Tellement dr\u00f4le qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 interdit en Norv\u00e8ge ! \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Les ressorts classiques de l&rsquo;humour sont l&rsquo;inattendu (\u00ab Personne n&rsquo;attend l&rsquo;Inquisition espagnole [2] ! \u00bb), le comique de r\u00e9p\u00e9tition (\u00ab vous pouvez avoir des \u0153ufs, du bacon et du p\u00e2t\u00e9, ou du p\u00e2t\u00e9, des \u0153ufs, du p\u00e2t\u00e9 et de la saucisse, ou encore du p\u00e2t\u00e9, du p\u00e2t\u00e9, du p\u00e2t\u00e9 et du p\u00e2t\u00e9 [3] ! \u00bb), la b\u00eatise, les ruptures dans le r\u00e9cit, la caricature et une combinaison anarchique de s\u00e9rieux et de satire. C&rsquo;est quelque chose dont on accuse les f\u00e9ministes en particulier, et les personnes qui tiennent des positions politiques radicales en g\u00e9n\u00e9ral, de manquer cruellement. Des controverses ont \u00e9clat\u00e9 il y a peu au sein des communaut\u00e9s <em>queer<\/em>, qui portaient sur des questions de vocabulaire, d&rsquo;argot, de repr\u00e9sentations satiriques ou ironiques et de sentiments d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 injuri\u00e9-e ou agress\u00e9-e ; des controverses qui ont donn\u00e9 lieu \u00e0 des d\u00e9bats pas tr\u00e8s dr\u00f4les et ont suscit\u00e9 des vell\u00e9it\u00e9s d&rsquo;interdictions, de censure et de changements de nom.<\/p>\n\n\n\n<p>Que des personnes qui poursuivent un m\u00eame id\u00e9al ne soient pas d&rsquo;accord sur tout, cela n&rsquo;a absolument rien de nouveau. Je me rappelle mes premiers pas de lesbienne dans les ann\u00e9es 1970 et 1980, dans un monde fa\u00e7onn\u00e9 par le f\u00e9minisme culturel et le s\u00e9paratisme lesbien. Il se d\u00e9roulait alors rarement un \u00e9v\u00e9nement sans que quelqu&rsquo;un-e ne se sente agress\u00e9e-e, bless\u00e9-e ou traumatis\u00e9-e par une question maladroite, un mot mal choisi ou m\u00eame la simple trace d&rsquo;un parfum dans la pi\u00e8ce. Nombreuses \u00e9taient les personnes qui, parce qu&rsquo;elles \u00e9taient fatigu\u00e9es pour diff\u00e9rentes raisons, hyper-allergiques ou parce qu&rsquo;elles avaient mal dig\u00e9r\u00e9 certains traumatismes, \u00e9taient pr\u00eates \u00e0 organiser des rassemblements afin de d\u00e9clarer haut et fort que ce que quelqu&rsquo;un-e avait dit, fum\u00e9 ou vaporis\u00e9 pr\u00e8s d&rsquo;elles avait rendu l&rsquo;air irrespirable et que cela leur avait fait violence. Les autres s&rsquo;adapt\u00e8rent, limit\u00e8rent leur utilisation de d\u00e9odorant, essay\u00e8rent de bannir de leur vocabulaire les expressions patriarcales, r\u00e9fl\u00e9chirent avant de parler, se r\u00e9confort\u00e8rent les un-e-s les autres, pleur\u00e8rent, r\u00e9par\u00e8rent les pots cass\u00e9s, et finalement se d\u00e9sint\u00e9gr\u00e8rent en un fouillis chaotique et pas tr\u00e8s sexy d&rsquo;individus larmoyants, hypo-allergiques, psychosomatiques, rabat-joie, anti-sexe, anti-porno, pro-drama, hyper-r\u00e9flexifs et post-politiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Un moment politique en chasse un autre et lorsque les ann\u00e9es 1980 laiss\u00e8rent place aux ann\u00e9es 1990, que le f\u00e9minisme des bourgeoises blanches \u00e9plor\u00e9es laissa le champ libre au d\u00e9ploiement d&rsquo;un f\u00e9minisme multi-racial, post-structuraliste et intersectionnel dont l&rsquo;histoire remontait \u00e0 bien plus loin, les gens commenc\u00e8rent \u00e0 rire, \u00e0 se d\u00e9tendre, \u00e0 voir au-del\u00e0 de leur petite personne, \u00e0 \u00e9changer entre eux ; ils prirent conscience que l&rsquo;ennemi n&rsquo;\u00e9tait pas parmi nous et avait tout \u00e0 voir avec les nouvelles formes pr\u00e9datrices du syst\u00e8me \u00e9conomique. Cela va sans dire, pour les f\u00e9minismes des femmes de couleur, les enjeux ont toujours \u00e9t\u00e9 plus importants et les politiques identitaires ont toujours jou\u00e9 diff\u00e9remment. Dans les ann\u00e9es 1990, la parution de livres sur le n\u00e9olib\u00e9ralisme, la performativit\u00e9 du genre et le capital racial a donc d\u00e9tourn\u00e9 l&rsquo;attention de la blessure individuelle et nous a permis de d\u00e9masquer nos ennemis. En d\u00e9non\u00e7ant la mani\u00e8re dont les formes n\u00e9olib\u00e9rales du capitalisme dissimulent l&rsquo;exploitation \u00e9conomique sous un discours de libert\u00e9 et d&rsquo;autonomie, il nous semblait que l&rsquo;on pouvait d\u00e9laisser le sujet bless\u00e9 pour reformuler notre discours en termes de multitudes, de collectifs, de collaborations et de projets moins centr\u00e9s sur les individus et leurs malheurs. En racontant les choses de cette mani\u00e8re, j&rsquo;ai bien conscience que je suis en train d&rsquo;aplanir les variations historiques et culturelles au sein des histoires elles-m\u00eames multiples du f\u00e9minisme, de l&rsquo;identit\u00e9 <em>queer<\/em> et des mouvements sociaux. Mais ce raccourci est fait \u00e0 propos, puisque je souhaite proposer ici une analyse de la r\u00e9\u00e9mergence d&rsquo;une rh\u00e9torique fond\u00e9e sur la blessure et le traumatisme qui remod\u00e8le toutes les diff\u00e9rences sociales en termes d&rsquo;offenses subies et qui divise les individus d&rsquo;une m\u00eame alliance politique selon une \u00e9chelle de stigmates.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;DANS LES ANN\u00c9ES 1990, LE F\u00c9MINISME DES<\/em><\/strong> <strong><em>BOURGEOISES BLANCHES \u00c9PLOR\u00c9ES LAISSA LE<\/em><\/strong> <strong><em>CHAMP LIBRE AU D\u00c9PLOIEMENT D&rsquo;UN<\/em><\/strong> <strong><em>F\u00c9MINISME MULTI-RACIAL,<\/em><\/strong> <strong><em>POST-STRUCTURALISTE ET INTERSECTIONNEL.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il me semble que le moment est bien choisi pour parler du sketch des \u00ab quatre hommes du Yorkshire \u00bb des Monty Python, dans lequel quatre vieux amis \u00e9voquent leurs enfances d\u00e9sargent\u00e9es. Le premier dit \u00ab Nous vivions dans une petite maison en ruines \u00bb, ce \u00e0 quoi le deuxi\u00e8me r\u00e9agit avec un \u00ab Une maison ?! Vous aviez de la chance d&rsquo;habiter une maison. Nous, on vivait dans une seule pi\u00e8ce&#8230; \u00bb Le troisi\u00e8me rench\u00e9rit : \u00ab Une pi\u00e8ce ? Vous aviez de la chance d&rsquo;avoir une pi\u00e8ce, nous, on vivait dans un couloir ! \u00bb Le quatri\u00e8me boucle alors la boucle : \u00ab Un couloir ! Nous r\u00eavions d&rsquo;habiter dans un couloir ! \u00bb Comparer de la sorte ce que l&rsquo;on a subi, mais sans l&rsquo;humour de ce dialogue, voil\u00e0 un \u00e9l\u00e9ment caract\u00e9ristique de la g\u00e9n\u00e9ration \u00ab tu me fais violence \u00bb [<em>trigger generation<\/em>]. En effet, rares sont les conf\u00e9rences, festivals ou autres rassemblements auxquels je participe qui ne deviennent pas le th\u00e9\u00e2tre de protestations v\u00e9h\u00e9mentes contre un mode de repr\u00e9sentation qui aurait fait violence \u00e0 quelqu&rsquo;un-e, quelque part. Tout le monde se met alors \u00e0 montrer du doigt quelqu&rsquo;un-e d&rsquo;autre et dans ce qui devient vite un concours de divas, on perd toute perspective et on finit par d\u00e9pecer les coalitions pour lesquelles on s&rsquo;\u00e9tait ardemment battu-e-s, au lieu d&rsquo;en construire de nouvelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Une grande partie du discours politique r\u00e9cent sur les offenses et les blessures s&rsquo;est concentr\u00e9e sur le langage, l&rsquo;argot et les d\u00e9nominations. Ainsi, une controverse a \u00e9clat\u00e9 il y a quelques mois \u00e0 propos du nom d&rsquo;un club qui a pignon sur rue \u00e0 San Francisco, le \u00ab Trannyshack \u00bb, et on en est venu \u00e0 d\u00e9battre de la possibilit\u00e9 m\u00eame d&rsquo;utiliser le mot de \u00ab <em>tranny<\/em> \u00bb [travelot]. Certaines personnes ont perdu tout sens de la mesure dans ces d\u00e9bats, au point que le c\u00e9l\u00e8bre <em>performer queer<\/em> Justin Vivian Bond a publi\u00e9 une lettre ouverte sur sa page Facebook, \u00e9crivant \u00e0 ses lecteur-ice-s et fans combien \u00ab ces conneries sans int\u00e9r\u00eat [le mettaient] en col\u00e8re \u00bb. Bond y rappelle que de nombreuses personnes sont \u00ab ravies d&rsquo;\u00eatre des travelots \u00bb, et bien moins d&rsquo;\u00eatre r\u00e9duites au silence et \u00e0 la honte par la \u00ab police du langage \u00bb. Bond et d&rsquo;autres ont aussi rappel\u00e9 la tradition <em>queer <\/em>de se r\u00e9approprier les expressions insultantes et de les transformer en expressions valorisantes et affectueuses. Lorsque dans notre recherche de respectabilit\u00e9 et d&rsquo;assimilation nous en venons \u00e0 proscrire des termes comme celui de \u00ab <em>tranny<\/em> \u00bb, nous abondons en fait pr\u00e9cis\u00e9ment dans le sens des syst\u00e8mes de pens\u00e9e sur lesquels se fondent l&rsquo;homophobie et la transphobie ! Dans <em>La Vie de Brian<\/em>, Brian refuse de contribuer au mouvement anti-S\u00e9mites, ce qui conduit sa m\u00e8re \u00e0 lui dire que lui aussi est un Romain. Dans un courageux discours de \u00ab <em>coming out<\/em> \u00bb, il proteste : \u00ab Je ne suis pas un Romain, maman, je suis un feuj, un youpin, un youtre, un nez-crochu, je suis casher maman, je suis un marcheur de la Mer Rouge, et fier de l&rsquo;\u00eatre ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>On en est bien loin aujourd&rsquo;hui. La controverse autour du terme \u00ab <em>tranny<\/em> \u00bb n&rsquo;est pas un cas isol\u00e9 ; de tels accrochages sont devenus des passages oblig\u00e9s dans un certain nombre de conf\u00e9rences et de r\u00e9unions. Il devient en effet difficile de parler, de se produire en public, de pr\u00e9senter son travail sans que quelqu&rsquo;un-e, quelque part, ne d\u00e9clare \u00eatre bless\u00e9-e ou traumatis\u00e9-e de nouveau. Toute manifestation culturelle, peinture, pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, discours, utilisation anodine d&rsquo;une formulation argotique, mani\u00e8re de d\u00e9crire quelque chose ou caricature s&rsquo;expose \u00e0 ce risque \u2014 et le fait que l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment blessant fasse partie d&rsquo;un travail esth\u00e9tique plus large et complexe n&rsquo;y change rien. Lors d&rsquo;une conf\u00e9rence, la repr\u00e9sentation d&rsquo;une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre qui mettait en sc\u00e8ne la mutilation du corps f\u00e9minin au xviie si\u00e8cle fut qualifi\u00e9e de transphobe ; les dommages inflig\u00e9s aux personnes trans qui y avaient assist\u00e9 furent l&rsquo;objet de multiples r\u00e9unions publiques. Au cours de la m\u00eame conf\u00e9rence, une performance qui pr\u00e9sentait un personnage de \u00ab diseuse de bonne aventure \u00bb fut d\u00e9nonc\u00e9e comme participant des clich\u00e9s orientalistes. \u00c0 un autre \u00e9v\u00e9nement auquel j&rsquo;assistai et qui portait sur les masculinit\u00e9s <em>queer<\/em>, les organisateur-rice-s se virent accuser de marginaliser les f\u00e9minit\u00e9s <em>queer<\/em>. Et dans un cours que j&rsquo;ai donn\u00e9 il y a peu, une jeune personne s&rsquo;est inqui\u00e9t\u00e9e d&rsquo;avoir pu faire violence \u00e0 un-e \u00e9tudiant-e trans en se trompant de pronom pour parler d&rsquo;un-e troisi\u00e8me \u00e9tudiant-e \u2014 qui lui\/elle ne semblait pas s&rsquo;en soucier. Un-e autre \u00e9tudiant-e m&rsquo;a r\u00e9cemment dit que la projection du film <em>La Bataille d&rsquo;Alger<\/em> dans un cours sur le colonialisme lui avait fait violence. Dans nombre de ces situations les groupes offens\u00e9s r\u00e9clament des excuses, et obtiennent la promesse que les parties blessantes de telle ou telle \u0153uvre seront supprim\u00e9es \u00e0 l&rsquo;avenir ; ainsi, dans le cas de \u00ab Trannyshack \u00bb, le nom du club a \u00e9t\u00e9 chang\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>L&rsquo;\u00c9MERGENCE DE R\u00c9ACTIONS R\u00c9DUCTRICES<\/em><\/strong> <strong><em>FACE \u00c0 DES \u0152UVRES ESTH\u00c9TIQUES ET<\/em><\/strong> <strong><em>ACAD\u00c9MIQUES VA DE PAIR AVEC UNE SIMPLIFICATION OUTRANCI\u00c8RE DES D\u00c9FINITIONS DU TRAUMATISME.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9mergence de telles r\u00e9actions r\u00e9ductrices face \u00e0 des \u0153uvres esth\u00e9tiques et acad\u00e9miques va de pair avec une simplification outranci\u00e8re des d\u00e9finitions du traumatisme. Nous disposons de toute une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9tudes nuanc\u00e9es sur le traumatisme, h\u00e9rit\u00e9e de d\u00e9cennies de travaux sur la m\u00e9moire, la violence politique et la maltraitance. Ces travaux nous offrent des analyses multiples de la mani\u00e8re dont un souvenir charg\u00e9 en \u00e9motions li\u00e9 \u00e0 une douleur, de la maltraitance, des actes de torture ou un emprisonnement peut \u00eatre raviv\u00e9 par des situations ou des associations d&rsquo;id\u00e9es ; le corps va alors \u00eatre submerg\u00e9 par des souvenirs enterr\u00e9s depuis longtemps, et ce avec des r\u00e9sultats impr\u00e9visibles. Or tout ce travail, men\u00e9 entre autres par Shoshana Felman, Macarena Gomez-Barris, Saidiya Hartman, Cathy Caruth, Ann Cvetkovich et Marianne Hirsch, a \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9 au loin par cette nouvelle vague de personnes pour qui il y a toujours quelque chose qui va mal.<\/p>\n\n\n\n<p>Les personnes qui disent se sentir violent\u00e9es mobilisent une conception litt\u00e9rale et simpliste de la douleur \u00e9motionnelle et pr\u00e9sentent les \u00e9v\u00e9nements traumatiques comme une souffrance mal enterr\u00e9e qui peut facilement refaire surface d\u00e8s lors que l&rsquo;on est confront\u00e9-e \u00e0 une repr\u00e9sentation ou une association d&rsquo;id\u00e9e qui fait penser \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience douloureuse originelle, voire juste \u00e0 son th\u00e8me. Dans le pass\u00e9, on se tournait vers les \u00e9crits mystiques de Freud pour penser la m\u00e9moire, celle-ci se pr\u00e9sentant comme un palimpseste sur lequel des couches successives d&rsquo;\u00e9critures ont recouvert l&rsquo;original. Nous la voyons maintenant comme un fil \u00e9lectrique qui attend sagement dans la psych\u00e9 qu&rsquo;une \u00e9tincelle le parcoure. L\u00e0 o\u00f9 auparavant nous d\u00e9crivions le rappel traumatique comme un ensemble de sympt\u00f4mes \u00e9nigmatiques que manifestait le corps, on r\u00e9duit d\u00e9sormais la r\u00e9surgence d&rsquo;un souvenir en employant le terme fourre-tout de \u00ab <em>trigger<\/em> \u00bb, comme si la douleur \u00e9motionnelle \u00e9tait une sorte de muscle endolori : une chose qui fait mal d\u00e8s qu&rsquo;on la d\u00e9ploie, une blessure dont il faut prendre soin.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a quinze ou vingt ans, des livres comme <em>States of Injury<\/em> (1995) de Wendy Brown ou <em>The Melancoly of Race : Psychoanalysis, Assimilation and Hidden Grief<\/em> (2001) d&rsquo;Anna Cheng invitaient les lecteurs et lectrices \u00e0 une r\u00e9flexion sur la mani\u00e8re dont l&rsquo;expression de dol\u00e9ances se transformait en celle de douleurs, dont la politique en venait \u00e0 requ\u00e9rir l&rsquo;invocation d&rsquo;une blessure et dont la rh\u00e9torique n\u00e9olib\u00e9rale de la douleur individuelle masquait la violence des fondements de l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 sociale. Il semblerait que les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations de personnes<em> queer <\/em>&nbsp;n&rsquo;aient retenu qu&rsquo;une partie du propos ; au lieu de voir que c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment en psychologisant la diff\u00e9rence politique, en individualisant les exclusions structurelles et en vidant de sa substance le changement politique que le n\u00e9olib\u00e9ralisme op\u00e8re, certain-e-s activistes d&rsquo;aujourd&rsquo;hui semblent avoir mis en \u00e9quation militantisme et description de blessures individuelles et de douleurs psychiques. Soyons clair : dire que l&rsquo;on se sent bless\u00e9-e parce qu&rsquo;une autre personne <em>queer<\/em> emploie un terme qui a fait l&rsquo;objet d&rsquo;un retournement, comme \u00ab travelot \u00bb, et organiser une action contre l&rsquo;utilisation de ce mot, \u00e7a n&rsquo;est <em>pas <\/em>&nbsp;du militantisme. C&rsquo;est de la censure.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une soci\u00e9t\u00e9 post-<em>affirmative action<\/em> [discrimination positive] qui rel\u00e8gue l&rsquo;histoire pourtant r\u00e9cente de violences politiques telles que l&rsquo;esclavage et le lynchage \u00e0 un pass\u00e9 distant et d\u00e9connect\u00e9 du pr\u00e9sent, toutes les difficult\u00e9s travers\u00e9es sont mises sur le m\u00eame plan. Certain-e-s \u00e9tudiant-e-s, habitu\u00e9-e-s \u00e0 ressasser des r\u00e9cits d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements douloureux de leur enfance (la mort de leur animal ou de leur perroquet de compagnie, une blessure au sport) dans leurs dossiers de candidature pour entrer \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 ou dans d&rsquo;autres mises en sc\u00e8ne similaires, en sont venu-e-s \u00e0 se consid\u00e9rer comme autant de petits soi nus, tremblants et fr\u00e9missants : trop vuln\u00e9rables pour accepter qu&rsquo;on les charrie, trop endommag\u00e9s pour pouvoir faire des blagues. Dans les communaut\u00e9s <em>queer <\/em>, certaines personnes pr\u00f4nent d\u00e9sormais une conscientisation version \u00ab <em>It gets better<\/em> \u00bb [\u00e7a va aller] qui fait des jeunes gays et lesbiennes des personnes suicidaires, d\u00e9pressives et tyrannis\u00e9es qui luttent, tels des manchots empereurs, pour traverser le paysage polaire d\u00e9sol\u00e9 qu&rsquo;est l&rsquo;hiver de l&rsquo;enfance. Avec l&rsquo;aide d&rsquo;adultes amicaux, de la th\u00e9rapie, des groupes de jeunes <em>queer<\/em> et des campagnes nationales, ces m\u00eames jeunes int\u00e9riorisent un r\u00e9cit de violences qu&rsquo;ils\/elles peuvent avoir e-lles-ux-m\u00eames exp\u00e9riment\u00e9es ou pas. Les groupes de jeunes <em>queer<\/em> en particulier mettent en place un univers fond\u00e9 sur le traumatisme et incitent les jeunes LGBT \u00e0 se percevoir comme \u00ab menac\u00e9s \u00bb ou \u00ab pr\u00e9caires \u00bb, qu&rsquo;ils\/elles se ressentent vraiment ainsi ou pas, et que leur <em>coming out <\/em>en tant que lesbienne, gay, bi ou trans ait eu des cons\u00e9quences violentes ou pas ! Lorsqu&rsquo;elles deviendront \u00ab trop vieilles \u00bb pour rester dans ces groupes de jeunes, ces personnes LGBT en partiront avec comme bagage une hypersensibilit\u00e9 aux signes et aux indices de cette violence dont elles ont tant parl\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>LA REVENDICATION D&rsquo;ESPACES SAFE A<\/em><\/strong> <strong><em>FONCTIONN\u00c9 DE CONCERT AVEC LES<\/em><\/strong> <strong><em>POLITIQUES URBAINES D&rsquo;ACCROISSEMENT DE LA SURVEILLANCE DES QUARTIERS PAUVRES ET DE GENTRIFICATION DES AUTRES.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Que se passe-t-il lorsque les jeunes, qui h\u00e9ritent des combats de plusieurs g\u00e9n\u00e9rations de militant-e-s <em>queer<\/em>, e-lles-ux-m\u00eames devenu-e-s quadrag\u00e9naires ou quinquag\u00e9naires (et qui, eux, dans leur enfance, ne pouvaient pas faire appel \u00e0 des campagnes contre le harc\u00e8lement ou \u00e0 des services sociaux, ni b\u00e9n\u00e9ficier de multiples repr\u00e9sentations d&rsquo;autres personnes <em>queer<\/em> construisant leur vie), se sentent violent\u00e9-e-s, traumatis\u00e9-e-s, abandonn\u00e9-e-s, non reconnu-e-s, battu-e-s, frapp\u00e9-e-s et bless\u00e9-e-s ? Ces jeunes, avec leurs alli\u00e9-e-s h\u00e9t\u00e9ros, leurs parents qui les soutiennent et leur nouveau droit au mariage appellent r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 la constitution d&rsquo;\u00ab <em>espaces safe<\/em> \u00bb. Or, comme le d\u00e9montre le livre de Christina Hanhardt <em>Safe Space : Neighborhood History and the Politics of Violence<\/em> qui a re\u00e7u le prix Lambda Literary, le programme politique que repr\u00e9sente la revendication d&rsquo;espaces safe a fonctionn\u00e9 de concert avec les politiques urbaines d&rsquo;accroissement de la surveillance des quartiers pauvres et de gentrification des autres. <em>Safe Space<\/em> retrace le d\u00e9veloppement des politiques LGBT aux \u00c9tats-Unis de 1695 \u00e0 2005 et explique la mani\u00e8re dont l&rsquo;activisme LGBT, d&rsquo;un mouvement de coalition populaire et multi-racial qui avait construit des liens solides avec les groupes de lutte contre la pauvret\u00e9 et les organisations antiracistes, est devenu un mouvement mainstream anti-violence qui aspire \u00e0 une reconnaissance institutionnelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque les communaut\u00e9s LGBT font de la \u00ab s\u00e9curit\u00e9 \u00bb leur priorit\u00e9 absolue (et ce en pleine \u00e8re militariste et s\u00e9curitaire) en se fondant sur une surench\u00e8re de r\u00e9cits de traumatisme, elles laissent compl\u00e8tement tomber la lutte contre les formes toujours plus agressives d&rsquo;exploitation, contre le capitalisme mondialis\u00e9 et contre les syst\u00e8mes politiques corrompus.<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce cela, la fin du monde ? Quand des groupes de personnes qui partagent une cause, des r\u00eaves utopiques et un m\u00eame but se condamnent entre elles au lieu d&rsquo;an\u00e9antir les banques et les banquiers, les politiciens et les parlements, les pr\u00e9sidents d&rsquo;universit\u00e9 et les PDG ? Au lieu de prendre conscience que, comme Moten et Hearny le formulent dans <em>The Undercommons<\/em>, \u00ab nous nous devons tout les un-e-s aux autres \u00bb, nous d\u00e9cidons de mesures disciplinaires, nous nous \u00e9vin\u00e7ons les un-e-s les autres de projets qui devraient nous unir, et nous r\u00e9unissons en petits r\u00e9seaux \u00e9rotiques p\u00e9tris d&rsquo;autosatisfaction.<\/p>\n\n\n\n<p>Je crois qu&rsquo;il est temps de prendre nos responsabilit\u00e9s et de cesser les g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s abusives : tou-te-s les jeunes LGBT ne sont pas suicidaires, toutes les personnes LGBT ne subissent pas des formes de violence et de harc\u00e8lement, et de fait la classe et la race restent des facteurs bien plus cruciaux lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de rendre compte de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e0 la violence, \u00e0 la brutalit\u00e9 polici\u00e8re, au harc\u00e8lement, de l&rsquo;acc\u00e8s r\u00e9duit \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation et des difficult\u00e9s rencontr\u00e9es dans le monde du travail. Cessons ce moralisme de diva, questionnons les d\u00e9sirs contemporains de messages pr\u00e9m\u00e2ch\u00e9s sur le progr\u00e8s, le d\u00e9veloppement et les horizons des possibles ; regardons bien en face les privil\u00e8ges qui permettent l&rsquo;indignation et l&rsquo;\u00e9talage public de la douleur ; admettons qu&rsquo;\u00eatre <em>queer<\/em> ne signifie plus syst\u00e9matiquement \u00eatre brutalis\u00e9-e et plaidons pour des r\u00e9cits plus situ\u00e9s de la marginalisation, du traumatisme et de la violence. Ne faisons pas la f\u00eate ailleurs quand Rome (ou Paris) br\u00fble, ne nous laissons pas happer par cette rh\u00e9torique de la blessure individuelle quand les eaux montent, ne pleurons pas quand les b\u00eatises s&rsquo;accumulent ; regardons ces guerres internes comme la distraction qu&rsquo;elles sont devenues. Il fut un temps o\u00f9 l&rsquo;appellation \u00ab <em>queer<\/em> \u00bb d\u00e9signait une opposition aux politiques identitaires, une volont\u00e9 d&rsquo;alliance, une vision de mondes alternatifs. C&rsquo;est d\u00e9sormais le cache-sexe d&rsquo;une f\u00e9d\u00e9ration d&rsquo;inqui\u00e9tudes identitaires. Il est temps de bouger, de confondre l&rsquo;ennemi, de devenir illisibles, invisibles, anonymes (voir l&rsquo;article de Preciado sur l&rsquo;anonymat et les Zapatistes [4]). Jos\u00e9 Mu\u00f1oz dirait \u00ab Nous n&rsquo;avons jamais \u00e9t\u00e9 queer. \u00bb Un grand chevalier des Monty Python dirait \u00ab Nous ne sommes plus les chevaliers qui disent \u201cNi, nous sommes les chevaliers qui disent Ekke Ekke Ekke Ekke Ptangya Ziiinnggggggg Ni\u201d. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>le titre original de cet article est <em>You are triggering me !<\/em> publi\u00e9 sur le blog <em>Bully Bloggers<\/em>. Le verbe trigger renvoie litt\u00e9ralement \u00e0 \u00ab d\u00e9clencher \u00bb, \u00ab appuyer sur la g\u00e2chette \u00bb. Il s&rsquo;agit de d\u00e9clencher chez quelqu&rsquo;un une r\u00e9action forte, de r\u00e9veiller un traumatisme ou une sensibilit\u00e9 particuli\u00e8re. D&rsquo;o\u00f9 les <em>Trigger warning<\/em> qui peuvent accompagner une vid\u00e9o ou un article qui montre des sc\u00e8nes violentes. Il n&rsquo;y a pas de traduction fran\u00e7aise satisfaisante. Nous avons g\u00e9n\u00e9ralement traduit par \u00ab faire violence \u00bb ou \u00ab violenter \u00bb, qui semble \u00eatre l&rsquo;\u00e9quivalent en termes d&rsquo;usage communautaire et politique.<\/li>\n\n\n\n<li>R\u00e9f\u00e9rence \u00e0 \u00ab The Spanish Inquisition \u00bb, un sketch de la s\u00e9rie des Monty Python<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p><em>Flying Circus<\/em> (disponible avec un sous-titrage fran\u00e7ais sur YouTube)<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>R\u00e9f\u00e9rence \u00e0 \u00ab Spam \u00bb, un sketch de la s\u00e9rie des Monty Python <em>Flying Circus<\/em>.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>[4]<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/bullybloggers.wordpress.com\/2014\/06\/11\/transfeminist-marcos-by-beatriz-marcos-preciado\">https:\/\/bullybloggers.wordpress.com\/2014\/06\/11\/transfeminist-marcos-by-beatriz-marc <\/a><a href=\"https:\/\/bullybloggers.wordpress.com\/2014\/06\/11\/transfeminist-marcos-by-beatriz-marcos-preciado\">os-preciado<\/a><\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-left\"><a href=\"https:\/\/exclure.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fposts%2F159&print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/exclure.fr\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\" \/><span class=\"pdfprnt-button-title pdfprnt-button-pdf-title\">PDF<\/span><\/a><a href=\"https:\/\/exclure.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fposts%2F159&print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/exclure.fr\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\" \/><span class=\"pdfprnt-button-title pdfprnt-button-print-title\">Imprimer ?<\/span><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>TROUNOIR.ORG NUMERO DIX-SEPT &#8211; 28 SEPTEMBRE 2021 JACK HALBERSTAM La rh\u00e9torique n\u00e9olib\u00e9rale de la blessure, du danger et du traumatisme \/ Jack Halberstam est un universitaire am\u00e9ricain central dans le champ des queer studies.&#46;&#46;&#46;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":167,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[{"term_id":8,"name":"TEXTES","slug":"textes","term_group":0,"term_taxonomy_id":8,"taxonomy":"category","description":"","parent":0,"count":8,"filter":"raw","cat_ID":8,"category_count":8,"category_description":"","cat_name":"TEXTES","category_nicename":"textes","category_parent":0}],"tags":[],"class_list":["post-159","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-textes"],"images":{"thumbnail":"https:\/\/exclure.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/trounoir2-150x150.jpg","medium":"https:\/\/exclure.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/trounoir2-260x300.jpg","medium_large":"https:\/\/exclure.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/trounoir2.jpg","large":"https:\/\/exclure.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/trounoir2.jpg","full":"https:\/\/exclure.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/trounoir2.jpg"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/exclure.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/159","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/exclure.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/exclure.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/exclure.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/exclure.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=159"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/exclure.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/159\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":170,"href":"https:\/\/exclure.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/159\/revisions\/170"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/exclure.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/167"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/exclure.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=159"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/exclure.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=159"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/exclure.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=159"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}