NOTES SUR LA LANGUE

A. Nous avons pris la décision de rédiger ce manuel à l’inclusif afin de ne pas associer les positions de « coupable » ou de « victime » à l’un ou l’autre des genres grammaticaux. En lieu et place des terminaisons inclusives les plus répandues (« lecteur·ice » pour lecteur/lectrice), nous avons décidé d’appliquer, partout où cela était possible, la terminaison épicène -aire (comme dans « bibliothécaire »,
« colocataire », etc.). Ainsi, « agresseur·se » devient « agressaire », « auteur·ice »
« autaire », etc. Cela peut surprendre au début mais cela s’avère plus simple à la lecture que le point médian. En ce qui concerne les aspects grammaticaux, nous avons cependant gardé le point médian, faute de mieux, en essayant chaque fois que cela était possible qu’il ne soit pas audible. L’accord de proximité est parfois utilisé.


B. Le « nous » qui émaille ce manuel est ambivalent. Il pourrait être un « je », car j’en ai écrit pratiquement chaque mot, et pourtant ce même « je » est éminem- ment collectif, travaillé par les discussions, les conflits, les solidarités, et même – ironique évidence – le harcèlement et l’exclusion.
L’ambivalence se retrouve cristallisée dans ce prénom, Éris, qui est le mien mais que je garde d’ordinaire pour moi, lui préférant dans l’usage celui d’Axiel, duquel je signe mes jeux, mes articles, mes mots doux et mes déclarations d’impôt. Éris est tout à la fois un agent du chaos et celle qui met le doigt sur les contradictions internes du groupe auquel elle appartient sans appartenir : faire mien ce nom fut un acte magique, et ce me paraît être le parfait talisman pour me protéger, en livrant ce document à plus d’un titre sensible, du trauma d’exclusion qui me fait trop sou- vent trembler et vaciller.

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